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La production suisse de lait de chèvre est-elle rentable?

Les chèvres sont très appréciées, mais rares sont les éleveuses et éleveurs qui parviennent à en tirer un revenu intéressant. La rentabilité n’est atteinte qu’à partir d’une production annuelle de 100 tonnes de lait, ce qui correspond à environ 120 à 180 chèvres laitières, selon leur rendement.

En Suisse, 90 % des éleveuses et éleveurs de chèvres possèdent moins de 25 chèvres, la plupart ne les élevant pas pour des raisons économiques. À ce jour, on ignore si la production de lait de chèvre est rentable. L’objectif de l’étude était d’analyser la rentabilité de cette branche d’activité et d’identifier les facteurs de réussite.

Parmi les 40 plus grandes exploitations membres de la Fédération suisse d’élevage caprin (FSEC) et détenant au moins 50 chèvres laitières, 12 ont été sélectionnées, principalement en région de collines, avec des volumes de production annuels compris entre 35 et 240 tonnes. La taille moyenne du cheptel de l’échantillon est de 141 chèvres laitières. Les exploitations de plaine et de collines de l’échantillon étaient diversifiées et exerçaient donc d’autres activités, tandis que seules trois exploitations de montagne étaient réellement spécialisées. Les exploitations ont fait l’objet d’une analyse détaillée des coûts complets après avoir mis à disposition leur comptabilité et fourni des informations complémentaires dans le cadre d’un entretien.

Les exploitations performantes économisent sur les aliments concentrés et les machines

Les grandes exploitations de l’échantillon consacrent nettement moins de temps par chèvre que la moyenne. Elles pratiquent également une exploitation plus intensive, avec des densités d’élevage plus élevées et des rendements individuels plus importants. Parmi les exploitations économiquement performantes, on trouve toutefois, outre une grande exploitation, des exploitations de taille moyenne et de petite taille avec des rendements laitiers compris entre 500 et 600 kg par chèvre et par an. Il n’y a donc pas de lien entre le rendement laitier et le revenu du travail.

Une utilisation accrue d’aliments complémentaires tend à réduire les revenus. Ainsi, trois exploitations prospères sur quatre n’ont que des coûts modérés pour les aliments complémentaires. Ceux qui ont des coûts de machines faibles ou modérés obtiennent des revenus plus élevés.

Des coûts de production presque deux fois plus élevés que le prix du lait

Le calcul des coûts de production a montré qu’aucune exploitation n’était en mesure de couvrir ses coûts. Avec un prix moyen du lait de 1,28 franc, les coûts de production s’élevaient à 2,40 francs par kg de lait de chèvre, ce qui correspond à un taux de couverture des coûts de seulement 53 %. En revanche, les coûts de production étaient étroitement liés au volume de production. Si l’on exclut les exploitations dont le volume de production est inférieur à 100 tonnes, le taux de couverture moyen des coûts atteignait tout de même près de 80 %. Les exploitations économiquement performantes réalisent des revenus à l’hectare élevés, compris entre 3000 et 5000 francs. En outre, les exploitations vendant plus de 100 tonnes de lait ont des coûts de production nettement inférieurs, ce qui ouvre de nombreuses perspectives pour une production laitière caprine rentable.

Rentabilité comparable à celle d’autres formes de production laitière

D’un point de vue économique, la production de lait de chèvre n’est pas en soi moins rentable que celle de lait de vache ou de brebis. Les exploitations laitières caprines étudiées pratiquaient toutefois un mode d’exploitation plus intensif que les exploitations laitières bovines et ovines comparables. Cela se traduisait par des coûts d’aliments concentrés plus élevés et des paiements directs moins importants par unité de gros bétail, compensés toutefois par des coûts de machines légèrement inférieurs.

Conclusion

  • En Suisse, environ 90 % des éleveuses et éleveurs de chèvres possèdent moins de 25 animaux, les motivations économiques n’étant ici guère déterminantes.
  • Plus les exploitations sont grandes, plus la production d’un litre de lait de chèvre est intensive, efficace et économique.
  • Les exploitations économiquement performantes ne doivent toutefois pas nécessairement être particulièrement grandes: avec des rendements moyens et une utilisation modérée d’aliments concentrés, il est possible d’obtenir des revenus à l’hectare supérieurs à la moyenne.
  • Les faibles coûts d’exploitation des machines entraînent également une augmentation du revenu à l’hectare dans les exploitations produisant du lait de chèvre.
  • Une production plus extensive, c’est-à-dire une densité d’élevage moindre sur une superficie plus grande, associée à une réduction de l’utilisation d’aliments concentrés, devrait permettre d’augmenter les revenus dans le cadre du système actuel des paiements directs.
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