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Stratégies de réduction des pertes d’azote et de phosphore

Le bilan des éléments nutritifs d’origine agricole en Suisse, initialement basé sur le bilan apparent à l’exploitation, a été élargi pour couvrir l’ensemble du système alimentaire, incluant les importations. Cette approche permet d’évaluer non seulement les excédents d’éléments nutritifs, mais aussi le degré d’autosuffisance et la circularité dans leur utilisation.

Le bilan apparent à l’exploitation, aussi appelé bilan à la porte de la ferme, sert à évaluer les flux d’éléments nutritifs à l’échelle d’un pays, d’une région ou d’une exploitation agricole. En Suisse, il est également utilisé au niveau national comme indicateur de référence pour la politique agricole. Ce bilan comptabilise notamment les apports et les prélèvements d’azote (N) et de phosphore (P) via les aliments pour animaux, les engrais, les achats et ventes d’animaux ainsi que la production agricole.

Dans cette étude, les limites du système de bilans ont été élargies pour inclure la production alimentaire ainsi que les flux de déchets. Cela englobe également l’importation, la consommation et la valorisation des éléments nutritifs à l’étranger. À l’aide de différents scénarios, les marges de manœuvre et les potentiels de réduction des pertes ont été analysés:

  1. Business as usual (BAU) – demande croissante de denrées alimentaires avec une production qui reste constante.
  2. Gestion optimisée des éléments nutritifs – mise en œuvre de bonnes pratiques agricoles visant à accroître l’efficience de l’utilisation des éléments nutritifs dans l’élevage, la gestion des engrais de ferme et la fertilisation des cultures.
  3. Réduction du gaspillage alimentaire – diminution des pertes tout au long de la chaîne alimentaire afin d’accroître l’efficience de l’utilisation des ressources et le degré d’autosuffisance.
  4. Agriculture circulaire – priorité donnée à la production végétale destinée à l’alimentation humaine. Les sous-produits sont utilisés comme engrais et aliments pour animaux et l’élevage doit être principalement basé sur les herbages.
  5. Combinaison – intégration des stratégies de réduction du gaspillage alimentaire, d’agriculture circulaire et de gestion optimisée des éléments nutritifs.

Les résultats montrent que la consommation alimentaire suisse génère des excédents d’éléments nutritifs considérables, non seulement sur le territoire national, mais aussi à l’étranger. Comme la Suisse importe plus d’aliments pour animaux et de denrées alimentaires qu’elle n’en exporte, environ 37 000 tonnes de N et 2700 tonnes de P, soit respectivement 35 % (N) et 66 % (P) d’excédents supplémentaires par rapport à ceux enregistrés en Suisse, sont produits à l’extérieur du pays.

Combinaison des stratégies ayant le potentiel maximum

Les trois stratégies – gestion optimisée des éléments nutritifs, agriculture circulaire avec alimentation majoritairement végétale et combinaison des deux – se sont avérées efficaces pour réduire les excédents d’éléments nutritifs dans le pays par rapport à la situation actuelle et au scénario Business as usual, avec des résultats d’environ – 30, – 18 et – 44 % pour l’azote et – 32, – 5 et – 53 % pour le phosphore. En outre, ces stratégies permettent d’améliorer le degré d’autosuffisance. De futures études pourraient cibler les systèmes de production les plus performants afin d’élaborer des stratégies efficaces et d’en justifier la mise en œuvre.

L’application de ces stratégies est complexe, notamment en raison de l’hétérogénéité du secteur agricole: diversité des types et tailles d’exploitations, conditions géographiques, socio-économiques et culturelles variées. À cela s’ajoutent des facteurs externes (p. ex. prix des engrais et des aliments pour animaux) qui influencent les possibilités de réalisation des différents scénarios ou de leur combinaison.

Alors que des mesures techniques et très concrètes telles que la couverture des fosses à lisier ou l’optimisation de la fertilisation peuvent être mises en œuvre relativement rapidement, les changements stratégiques tels que la conversion des systèmes de culture et de détention, voire la modification des habitudes alimentaires de la population, nécessitent plus de temps. Il est essentiel d’en tenir compte lors de la sélection, de la hiérarchisation et de la combinaison des mesures.

Conclusion

  • Le modèle du bilan apparent à l’exploitation a été élargi pour inclure les excédents d’éléments nutritifs des aliments pour animaux et des denrées alimentaires importés ainsi que des indicateurs relatifs à l’efficience des éléments nutritifs, à l’économie circulaire et à l’autosuffisance.
  • Le modèle a permis de comparer de manière simplifiée les effets de différents scénarios sur les excédents d’éléments nutritifs en Suisse et à l’étranger.
  • Le potentiel maximal de réduction des pertes d’éléments nutritifs a été observé avec une combinaison de différentes stratégies (optimisation de la gestion des éléments nutritifs, réduction des déchets alimentaires et agriculture circulaire).
  • L’élargissement du bilan à de nouvelles dimensions, de la production à la consommation, peut aider à fournir des bases essentielles pour éclairer les processus décisionnels en matière de politique agricole.

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