Pourquoi les agricultrices et agriculteurs suisses adoptent-ils les technologies numériques à des degrés divers?
Image: Laura Cincera
L’acceptation des futures technologies numériques dans la pratique dépend non seulement de l’ouverture des agriculteurs et agricultrices à la numérisation, mais aussi et surtout d’évaluations concrètes des risques et des avantages spécifiques à chaque exploitation.
Les technologies numériques dans l’agriculture promettent une amélioration de la productivité, du bien-être animal et de la durabilité. Cependant, leur acceptation reste inégale dans les exploitations familiales suisses. Des chercheurs et chercheuses d’Agroscope et de l’EPFZ ont étudié les facteurs qui influencent l’attitude et l’acceptation des exploitantes et exploitants à l’égard de deux technologies numériques opposées: les clôtures virtuelles et les robots bineurs autonomes. En 2021, une enquête a été réalisée auprès de 939 agriculteurs et agricultrices suisses pratiquant les grandes cultures et l’élevage.
Les arguments en faveur ou en défaveur des outils numériques sont multiples
L’acceptation des clôtures virtuelles et des bineurs autonomes par les exploitations suisses dépend à la fois de leur âge, de leur niveau de formation, de leurs compétences numériques et de leur situation financière.
Les grandes exploitations et celles avec une main d’oeuvre importante sont plus ouvertes aux clôtures virtuelles, tandis que les robots bineurs entièrement autonomes séduisent surtout les agriculteurs et agricultrices disposant d’un niveau de formation élevé. Toutefois, l’acceptation ne dépend pas seulement de l’attitude à l’égard des technologies numériques dans l’agriculture, mais aussi des besoins spécifiques pour chaque utilisation. Il est donc essentiel de procéder à une analyse claire des avantages et des risques et d’offrir un soutien sur mesure.
Marge de manœuvre politique
L’étude a montré que l’acquisition de compétences numériques, les plateformes d’apprentissage entre pairs et les exploitations pilotes sont des moyens appropriés pour renforcer la confiance dans les outils numériques et réduire les obstacles initiaux. En effet, le faible niveau actuel de compétences numériques constitue un obstacle majeur. Des programmes de formation et des initiatives ciblées de formation continue dans le domaine numérique pourraient y remédier. Un autre obstacle majeur pourrait être éliminé par la mise en place d’exploitations pilotes, complétée par des témoignages de personnes partageant les mêmes idées, qui renforcent la confiance et offrent des expériences tangibles. Il existe ici une marge de manœuvre pour les acteurs de la politique agricole.
Les agriculteurs connectés voient moins d’obstacles
Les réseaux d’agriculteurs et d’agricultrices qui se concentrent sur les technologies numériques et dont les contenus et les formats d’échange sont adaptés à des outils et à des contextes agricoles spécifiques peuvent contribuer à lever les obstacles.
L’étude souligne l’importance de reconnaître qu’une stratégie unique ne peut pas répondre aux besoins divers des agriculteurs et agricultrices. Une approche flexible, adaptée aux technologies et aux exploitations, est nécessaire.
Conclusion
- L’attitude envers ces deux futures technologies numériques, les clôtures virtuelles et les robots bineurs autonomes, est influencée par l’âge, le niveau de formation, une affinité positive envers les technologies, une meilleure maîtrise du numérique et une situation financière stable.
- L’acceptation des clôtures virtuelles dépend de la taille de l’exploitation, des effectifs de main d’oeuvre, de l’attitude des agriculteurs et agricultrices à l’égard des technologies numériques dans l’agriculture, de leurs compétences numériques et de leur perception des risques et des avantages.
- L’acceptation des robots bineurs autonomes dépend de l’attitude, du niveau de formation et de la perception des risques et des avantages. La taille et la structure de l’exploitation sont moins pertinentes.
- L’acceptation des technologies numériques ne dépend pas seulement d’une ouverture générale à la numérisation, mais surtout d’évaluations concrètes des risques et des avantages qui doivent être effectuées pour chaque technologie et chaque exploitation.
Référence bibliographique
From the attitude towards digitalisation in agriculture to the acceptance of future agricultural technologies.



