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Comment l’économie alpestre et les alpages peuvent fidéliser leur personnel

Les exploitations d’estivage suisses manquent de personnel disposant à la fois de qualifications et d’ancienneté, notamment parce que les employé-e-s passent de moins en moins d’étés à l’alpage. Le manque de personnel et la perte d’expérience peuvent avoir des répercussions négatives sur la gestion durable des alpages.

Importance du personnel pour une gestion durable

Chaque été, environ 17 000 alpagistes contribuent par leur travail au maintien de la multifonctionnalité de plus de 6 500 exploitations d’alpage en Suisse. Cependant, les responsables des alpages ont de plus en plus de mal à trouver du personnel qualifié et disposé à rester à long-terme. Les changements fréquents de personnel représentent une perte de connaissances et un manque d’efficience qui entravent la gestion durable des exploitations d’estivage. Pour pouvoir garder le personnel qualifié à long terme, il est important de comprendre quels facteurs internes et externes à l’alpage favorisent ou freinent son retour régulier sur une exploitation d’estivage. Un sondage (n=366) et des interviews (n=23) d’employé-e-s d’alpages ont mis en évidence deux problématiques centrales.

Les facteurs externes à l’alpage, obstacles majeurs

Ce sont des facteurs externes à l’alpage qui empêchent la majorité du personnel d’y revenir à long terme. Le caractère saisonnier du mode de vie et de travail semble difficilement compatible avec les choix de vie modernes. La saisonnalité de l’économie alpestre reste donc un défi socioéconomique pour le personnel, qui doit concilier travail, famille et autres obligations avec l’alpage. De plus, choisir à long terme le mode de vie « alpage » est considéré dans certains milieux comme « marginal », ce qui peut également freiner un retour à l’alpage.

Facteurs internes à l’alpage avec potentiel d’amélioration

Il existe en parallèle trois causes internes aux alpages pouvant expliquer un non-retour : les conditions d’engagement, l’organisation du travail et la gestion du personnel. Pour les employé-e-s des alpages, une communication transparente, une collaboration valorisante et la confiance sont essentielles pour une bonne collaboration sur la durée. Investir dans des infrastructures de logement et de travail adéquates est certes important, mais il faut surtout de meilleures conditions d’engagement : concrètement, des salaires plus élevés et évoluant progressivement avec l’expérience. Enfin, il est nécessaire que les responsables d’alpage s’engagent davantage quant aux aspects de gestion du personnel afin d’attirer et de conserver les employé-e-s d’alpage à long terme.

Recommandations pour l’économie alpestre et les exploitations d’estivage

De nombreuses recommandations d’action ont été élaborées d’après les résultats susmentionnés lors d’un atelier réunissant des spécialistes de l’économie alpestre (n=24). Les plus importantes sont résumées ci-dessous :

Le secteur de l’économie alpestre devrait…

  • offrir aux responsables d’alpage des possibilités de formation continue dans le domaine de la gestion du personnel.
  • permettre au personnel de bénéficier d’une formation coordonnée et reconnue au niveau national.
  • soutenir la recherche d’emploi du personnel en automne par des offres appropriées (plateformes d’emploi, services de placement, etc.).
  • fournir un argumentaire aux employé-e-s permanents pour les aider à obtenir de leur employeur ou employeuse un congé récurrent permettant l’été à l’alpage.
  • promouvoir la reconnaissance par la société du travail d’alpage en tant que profession complexe et variée, en mettant l’accent sur le savoir technique spécifique du personnel d’alpage, mais aussi sur le développement de nombreuses compétences sociales et personnelles.
  • élaborer des modèles de certificats de travail et d’autres documents pour les responsables d’alpage, afin de les aider dans la gestion du personnel sur les alpages.
  • contribuer à l’amélioration et à l’uniformisation des conditions d’engagement du personnel d’alpage, en particulier le salaire à l’alpage.

Les exploitations d’estivage devraient…

  • accorder plus d’importance à une gestion professionnelle du personnel et se former davantage, ou leurs responsables d’alpage, dans ce domaine.
  • ne pas négliger le développement des logements et des bâtiments d’exploitation.
  • communiquer avec le personnel d’alpage de manière ouverte, transparente et orientée solution. L’estime et la critique doivent être exprimées et acceptées de part et d’autre sous une forme appropriée, afin que la confiance puisse s’instaurer dans une atmosphère de travail agréable.
  • répondre de manière plus ciblée aux situations individuelles et aux besoins du personnel d’alpage, c’est-à-dire à ses capacités et à son expérience, et offrir un soutien ou confier des responsabilités en conséquence.
  • rassembler une documentation claire sur l’alpage avec les principales informations, afin de faciliter la préparation et les débuts du nouveau personnel.
  • soutenir le personnel, dans la mesure du possible, dans sa recherche d’emploi et permettre si nécessaire une certaine flexibilité du travail à l’alpage.

Conclusion

Dans l’ensemble, on peut retenir que l’amélioration des conditions-cadres pour le personnel des alpages est l’affaire autant de l’économie alpestre dans son ensemble que de chaque exploitation d’estivage. Or, seule l’adaptation continue de ces conditions, en interaction constante avec les besoins du personnel et les changements sociétaux, permettra à l’économie alpestre de conserver son attractivité professionnelle à long terme et au personnel de rester fidèle aux alpages.

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