Agroscope

Bilans des gaz à effet de serre dans l’agriculture: expériences issues de la recherche appliquée

Les calculateurs d’émissions de gaz à effet de serre sont des outils importants pour quantifier les potentiels et les performances de réduction. Dans une étude de synthèse, des chercheuses et chercheurs d’Agroscope ont analysé leurs possibilités d’application. Une interprétation pertinente des résultats nécessite une grande expérience.

Pour atteindre l’objectif de zéro émission nette en Suisse, l’agriculture doit également apporter sa contribution. Dans les systèmes agricoles hautement développés comme celui de la Suisse, les potentiels de réduction des gaz à effet de serre (GES) technologiques réalisable au niveau des exploitations est estimé à 10-20 %. Afin d’exploiter ce potentiel et de montrer les progrès réalisés, les acteurs tout au long de la chaîne de valeur ont besoin de données fiables et compréhensibles. Dans ce contexte, Agroscope étudie, développe et utilise des calculateurs de GES. Dans une étude globale, les chercheuses et chercheurs d’Agroscope ont analysé de manière systématique les opportunités et les limites du bilan des GES au niveau des exploitations individuelles. Parallèlement, des approches concrètes de bilan sont testées et développées au niveau des exploitations et des produits en collaboration avec des partenaires de la pratique.

Différentes méthodes donnent des résultats différents

En raison des différentes méthodes et limites des systèmes, les calculateurs d’émissions de GES peuvent aboutir à des résultats très distincts, ce qui rend la comparaison des résultats très difficile. Il apparaît également que pour obtenir une évaluation globale et plus complète de la durabilité, il faut élargir le champ d’observation de l’exploitation individuelle à l’ensemble de l’agriculture et de la filière alimentaire. Ces circonstances posent des défis considérables aux décideurs politiques et privés.

Défis liés aux mécanismes de référence et d’indemnisation

Pour représenter de manière fiable les effets généralement modestes des mesures individuelles, il faut disposer de données d’exploitation et de modèles de calcul détaillés. Une interprétation des résultats qui est équitable et orientée vers les solutions doit en outre s’appuyer sur plusieurs indicateurs et ne pas se limiter à un seul. Dans ces conditions, les projets basés sur des calculateurs au niveau des exploitations individuelles sont coûteux et nécessitent des ressources humaines et techniques considérables. Dans la pratique, les calculateurs de GES sont donc principalement utilisés à des fins de conseil. À ce jour, leur utilisation est encore limitée pour les mécanismes de compensation axés sur les résultats qui sont largement applicables.

Approches basées sur les mesures au niveau du système de production comme alternative pragmatique

Le système de protection climatique d’IP-SUISSE et Bio Suisse constitue un exemple d’approche moins complexe. L’approche de modélisation développée par Agroscope utilise les données existantes pour calculer les impacts environnementaux de la production totale sous label et les répartir entre les produits. Les différentes exploitations fournissent uniquement des informations sur le type et le nombre de mesures de protection climatique mises en œuvre. Leurs effets sont agrégés et également indiqués au niveau des produits. Cette approche ne permet que des conclusions limitées sur les différentes exploitations. Elle permet toutefois de tirer des conclusions fiables sur les performances en matière de protection du climat au niveau de l’ensemble des exploitations et/ou des produits d’un système de production. Il s’agit là de bases précieuses pour la communication tout au long de la chaîne de création de valeur et la valorisation de la durabilité.

Conclusions

  • L’évaluation des profils d’émissions de GES des exploitations ou des produits agricoles est complexe et nécessite des données et des modèles détaillés ainsi qu’une interprétation professionnelle.
  • Les calculateurs de GES ne sont pour l’instant que peu adaptés à des mécanismes de compensation axés sur les résultats et largement applicables au niveau des exploitations individuelles.
  • Les approches basées sur des mesures au niveau des systèmes de production offrent une alternative pragmatique pour évaluer et communiquer de manière fiable les performances en matière de protection du climat tout au long de la chaîne de valeur.
  • Le potentiel technologique de réduction au niveau des exploitations est estimé à 10 – 20 %; des approches à l’ensemble de l’agriculture et de la filière alimentaire peuvent ouvrir des possibilités supplémentaires pour atteindre les réductions de GES nécessaires.
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