Une agriculture adaptée aux conditions locales: l’emplacement, un enjeu pour des grandes cultures durables
Photo: Gabriela Brändle,
Agroscope
L’agriculture suisse est-elle adaptée aux conditions locales? Agroscope et l’Office fédéral de l’agriculture ont évalué trois scénarios: dans le scénario le plus durable, la superficie vouée aux grandes cultures est similaire à celle d’aujourd’hui, mais une partie d’entre elles se situent à d’autres endroits.
En Suisse, la production de denrées alimentaire doit – selon la Constitution fédérale – être efficace et adaptée aux conditions locales. «Adaptée aux conditions locales» signifie que le potentiel agronomique et économique d’un site est exploité de manière optimale, en tenant compte de la résilience des écosystèmes. En Suisse, la surface agricole utile est constituée à 58 % de prairies naturelles, 38 % de terres assolées et 4 % de cultures pérennes (situation en 2024). Mais l’exploitation actuelle est-elle adaptée aux conditions locales?
Potentiels pour des grandes cultures mieux adaptées aux conditions locales?
Pour répondre à cette question, une équipe de recherche d’Agroscope, en collaboration avec l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG), a examiné, sur la base de données disponibles au niveau national, quelles surfaces agricoles pourraient être exploitées en tant que terres assolées destinées à l’alimentation humaine directe. Des modélisations spatialement explicites, tenant compte pour chaque site des critères de sol, de climat et de topographie, ont été réalisées. Les surfaces de promotion de la biodiversité, les cultures pérennes et les surfaces d’estivage existantes n’ont pas été prises en compte.
Trois scénarios étudiés
Trois scénarios ont été retenus pour cette analyse. Le potentiel d’utilisation comme terre arable a été déterminé sur la base de critères géographiques (déclivité du terrain, aptitude du sol et aptitude climatique) ainsi que de deux critères écologiques (prévention de l’érosion des sols, minimisation des émissions de gaz à effet de serre provenant des sols organiques drainés). Pour ce faire, les spécialistes ont superposé la surface agricole utile aux cartes de déclivité du terrain, d’aptitude du sol et d’aptitude climatique. Dans le scénario 1, ils sont partis du principe qu’une surface était adaptée comme terre arable si elle présentait une déclivité maximale de 35 % et si les caractéristiques climatiques et pédologiques y permettaient la culture du blé. Dans le scénario 2, ils ont exclu des terres assolées du scénario 1 les surfaces présentant un risque élevé d’érosion. Dans le scénario 3, ils ont également écarté les surfaces comportant des sols organiques, car leur exploitation comme terre arable est jugée non durable.
Ce que révèle l’analyse
Le potentiel d’utilisation comme terre arable que suppose le scénario 1 est très grand (supérieur à la superficie actuelle). Le scénario 2 est quant à lui très proche de l’utilisation actuelle en termes de superficie. Les deux scénarios se distinguent l’un de l’autre notamment par le fait que 40 % environ des terres assolées du scénario 1 seraient plutôt utilisées comme herbages dans le scénario 2, en raison du risque d’érosion. Dans le scénario 3, les sols organiques, considérés comme non durables lorsqu’ils sont exploités en grandes cultures, ont été exclus et affectés à la production herbagère. La différence de superficie entre les scénarios 2 et 3 est minime.
Suffisamment de terres assolées – mais parfois au mauvais endroit
Les résultats montrent que dans le scénario 3 la superficie des surfaces assolées serait identique à celle d’aujourd’hui (38 % de surfaces assolées et 58 % d’herbages). Cependant, ce scénario suppose des changements régionaux dans l’utilisation des sols, par rapport à la situation actuelle. Certaines surfaces herbagères gagneraient à être utilisées en tant que terre arable et, à l’inverse, certaines surfaces assolées seraient mieux utilisées si elles étaient converties en herbages, afin d’exploiter pleinement le potentiel agronomique, tout en garantissant la préservation de la biodiversité et la protection du climat.
La présente étude a examiné l’aptitude d’un site à être utilisé comme terre arable, selon son potentiel agronomique. Une agriculture adaptée aux conditions locales doit toutefois prendre en compte tous les aspects – écologiques, économiques et sociaux. Ces prochaines années, Agroscope et l’OFAG intégreront davantage ces dimensions dans les travaux à venir en vue d’une production mieux adaptée aux conditions locales.
Conclusions
- Une agriculture adaptée aux conditions locales exploite de manière optimale le potentiel agronomique et économique d’un site en tenant compte de sa résilience écologique.
- Des collaborateurs d’Agroscope et de l’OFAG ont examiné quelles surfaces agricoles se prêtent à la mise en place de cultures destinées à l’alimentation humaine directe et si le potentiel agronomique de ces surfaces, en tant que grandes cultures, est actuellement pleinement exploité.
- À cette fin, des modélisations spatialement explicites de trois scénarios ont été réalisées. Elles prennent en compte des critères géographiques (sol, climat, topographie) et écologiques (risque d’érosion, sols organiques).
- Les résultats montrent que dans le scénario 3, le plus durable, la superficie vouée aux terres assolées est similaire à celle d’aujourd’hui, mais qu’une partie d’entre elles se situent à d’autres endroits.
Référence bibliographique
Designing where to crop and where to graze: a spatial approach toward sustainable farming.



