Agroscope, Université de Genève

Le changement climatique redessine la viticulture européenne

Où produira-t-on du vin demain en Europe? Une étude basée sur des analogues climatiques montre que le réchauffement va redéfinir les zones viticoles, avec un rôle déterminant des maladies.

Le réchauffement climatique modifie déjà les conditions de culture de la vigne en Europe. A l’avenir, certaines régions traditionnelles risquent de devenir moins adaptées, tandis que d’autres pourraient gagner en potentiel. Cette étude analyse ces évolutions en comparant le climat futur des vignobles à des climats actuels similaires, appelés «analogues climatiques».

L’originalité de l’approche repose sur l’utilisation d’indices bioclimatiques directement liés à la vigne et à ses maladies. Trois indices décrivent les conditions de croissance et trois autres évaluent les risques phytosanitaires comme le mildiou, l’oïdium ou la flavescence dorée. L’étude intègre aussi la topographie locale, essentielle pour comprendre les microclimats des vignobles.

Des déplacements sous l’effet du climat et des maladies

Les résultats révèlent des dynamiques contrastées. L’augmentation des températures pousse globalement les zones propices vers le nord et en altitude. Plusieurs régions du sud de l’Europe pourraient devenir trop chaudes pour la viticulture. En revanche, les maladies liées à l’humidité orientent les déplacements vers l’est ou l’ouest, en fonction des conditions locales. Globalement, les analogues climatiques des vignobles européens à l’horizon 2080 se situent majoritairement plus au sud.

Des limites à l’expansion et des défis d’adaptation

D’après l’étude, le risque phytosanitaire augmenterait dans de nombreuses régions. Le mildiou et l’oïdium devraient progresser en Europe centrale et du Nord, tandis que la flavescence dorée pourrait s’étendre vers de nouvelles zones. Ainsi, même si certaines régions septentrionales deviennent thermiquement adaptées, la pression des maladies pourrait limiter leur potentiel.

Les zones de montagne offrent des conditions plus équilibrées, mais leur exploitation reste difficile et coûteuse. Dans ce contexte, l’adaptation passera par des changements de cépages, de pratiques culturales et, dans certains cas, par un déplacement des zones de production.

Les résultats de cette étude ont été intégrés dans l’application«Analogues climatiques – Vignes»quipermet de visualiser les conditions climatiques futures des parcelles de vigne en Europe d’ici 2090 (voir «Informations complémentaires»).

Conclusions

  • Le changement climatique va modifier profondément la répartition des vignobles en Europe.
  • Les hausses de température poussent les zones viticoles vers le nord et en altitude. Les maladies liées à l’humidité limitent fortement cette expansion, notamment en Europe du Nord.
  • Plusieurs régions du sud pourraient devenir inadaptées pour la viticulture à long terme. Les zones de montagne offrent des alternatives, mais avec des contraintes économiques et techniques.
  • L’adaptation passera par des changements de cépages, de pratiques et parfois de localisation.
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