Protection alternative des plantes dans les grandes cultures et les cultures maraîchères: où en sommes-nous?
Photo: Carole Parodi,
Agroscope
Dans une publication actuelle, Agroscope donne un aperçu des mesures préventives et des moyens de lutte non chimiques contre les adventices, les maladies et les ravageurs dans les grandes cultures et les cultures maraîchères de plein champ.
La protection intégrée des cultures est un concept qui combine plusieurs méthodes visant à maintenir les organismes nuisibles en dessous du seuil de tolérance économique. Elle repose avant tout sur des mesures préventives; des outils d’aide à la décision permettent de déterminer le moment opportun pour mettre en œuvre d’éventuelles mesures de lutte (fig. 1). Si de telles mesures s’avèrent nécessaire, les méthodes biologiques, biotechniques et physiques (c’est-à-dire non chimiques) doivent être privilégiées. Les produits phytosanitaires chimiques ne doivent être utilisés qu’en dernier recours. Cette publication donne un aperçu des mesures préventives et des moyens de lutte non chimiques contre les mauvaises herbes, les maladies et les ravageurs dans les grandes cultures et les cultures maraîchères de plein champ. Elle décrit le caractère opérationnel de ces approches en l’état actuel des connaissances.

Adventices
La pression des adventices peut être réduite à l’aide de mesures préventives telles qu’une rotation équilibrée des cultures ou l’optimisation des pratiques culturales. Dans les cultures, plusieurs méthodes mécaniques et physiques permettent de réguler les adventices. Ces méthodes sont souvent chronophages et leur effet est limité lorsque les mauvaises herbes sont problématiques, que la pression des adventices est importante et les conditions météorologiques défavorables.
Maladies
Les mesures préventives les plus importantes contre les maladies sont l’utilisation de semences saines, de variétés robustes, la mise en place d’une rotation équilibrée des cultures ainsi qu’une bonne hygiène des champs. Ces pratiques permettent, dans une large mesure, d’éviter l’utilisation de fongicides dans de nombreuses grandes cultures, concédant une légère baisse du rendement. Pour les pommes de terre, les betteraves sucrières et les légumes de plein champ, les mesures préventives, surtout les variétés robustes, peuvent réduire l’utilisation de fongicides, mais aujourd’hui, il n’est souvent pas possible de s’en passer totalement.
Ravageurs
Dans de nombreuses grandes cultures comme les céréales et le maïs, les ravageurs peuvent généralement être maîtrisés de manière suffisante grâce à des mesures préventives telles que la rotation des cultures et la mise en place de conditions favorables aux organismes utiles. En revanche, le colza, les pommes de terre, les betteraves sucrières et les légumes de plein champ sont attaqués par des ravageurs susceptibles de provoquer des dégâts importants. Certaines approches, comme la rotation des cultures pour les betteraves sucrières ou l’utilisation du Bacillus thuringiensis contre le doryphore, se sont avérées efficaces, tandis que les sous-semis dans le colza présentent un certain potentiel. D’autres mesures font encore l’objet de recherches.
Exigences de qualité et prix des denrées alimentaires
Dans les cultures maraîchères, les enjeux sont plus importants que dans les grandes cultures, en raison des exigences de qualité élevées imposées par le marché. En vue de réduire l’utilisation de produits phytosanitaires, il pourrait être utile de revoir les critères de qualité relevant du droit privé, notamment lorsqu’il s’agit d’aspects purement esthétiques qui ne présentent aucun risque au regard du droit alimentaire. Une légère réduction de ces exigences et une certaine tolérance à la présence de ravageurs pourraient aussi être envisagées. En outre, afin de garantir la rentabilité des mesures phytosanitaires alternatives, les coûts supplémentaires ainsi que les risques associés en matière de rendements pourraient être compensés par une hausse des prix des denrées alimentaires ou par d’autres mesures.
Conclusion
- Des mesures alternatives de lutte contre les adventices existent, mais elles sont chronophages et leur efficacité diminue dès que ces dernières sont problématiques ou que les conditions météorologiques sont défavorables.
- Dans le colza, les pommes de terre et les betteraves sucrières, il est aujourd’hui difficile de renoncer complètement aux fongicides et/ou aux insecticides. Des approches pour des mesures supplémentaires existent, mais elles s’accompagnent souvent d’une efficacité réduite et de coûts supplémentaires.
- Les exigences de qualité élevées relatives aux légumes de plein champ sont difficiles à garantir avec des mesures alternatives. Il pourrait être utile de revoir les critères de qualité purement esthétiques et de les adapter si nécessaire.
- Les mesures alternatives de protection des cultures sont souvent plus coûteuses et moins efficaces. Pour assurer leur rentabilité économique, les coûts supplémentaires pourraient être compensés par une augmentation du prix des denrées alimentaires ou par d’autres mesures.
Référence bibliographique
Protection alternative des plantes dans les grandes cultures et les cultures maraîchères: où en sommes-nous?.



