Adaptables et productifs: mélanges prairiaux multi-espèces pour faire face au changement climatique
Photo: Gabriela Brändle,
Agroscope
Les mélanges multi-espèces augmentent systématiquement le rendement, tout en réduisant les besoins en engrais. Leurs avantages sont renforcés par des températures élevées. Ils constituent ainsi un élément-clé de l’adaptation au changement climatique.
Les mélanges composés de plusieurs espèces de plantes fourragères améliorent l’efficience des ressources. Agroscope a étudié ces effets dans le cadre d’une étude internationale récemment publiée dans la revue Science. Les associations de plusieurs espèces fourragères augmentent systématiquement le rendement en fourrage, tout en réduisant les besoins en engrais azoté. La hausse des températures renforce les avantages de ces mélanges, ce qui en fait un élément-clé de l’adaptation au changement climatique.
Réseau mondial de 26 sites d’essai
Cette étude résume les résultats d’un réseau d’essais menés à l’échelle mondiale sur 26 sites situés dans les régions tempérées du globe. Agroscope, le centre de compétences de la Confédération pour la recherche agronomique, a mené cet essai en collaboration avec des partenaires d’Europe, d’Amérique du Nord, de Chine et de Nouvelle-Zélande.
Six espèces donnent un meilleur rendement que seulement une ou deux
En Suisse, seuls des mélanges de plus de deux espèces fourragères sont utilisés pour le semis de prairies temporaires. Dans de nombreux autres pays, par souci de simplicité, on cultive le plus souvent des monocultures de graminées, qui nécessitent beaucoup d’engrais azotés, ou une combinaison d’une seule espèce de graminée et d’une seule espèce de trèfle. La stratégie suisse consistant à utiliser des mélanges composés de plusieurs espèces se diffuse désormais également à l’échelle internationale. Les chercheuses et chercheurs ont étudié quels mélanges, comprenant jusqu’à six espèces de plantes fourragères, pouvaient améliorer le rendement tout en réduisant les besoins en engrais azotés.
Les résultats ont montré que les mélanges composés de plusieurs espèces obtenaient des rendements plus élevés que les monocultures, grâce à des interactions bénéfiques entre les espèces. Le rendement des mélanges était supérieur à la somme des rendements de ses composants. Un mélange composé de graminées, de légumineuses et de dicotylédones non légumineuses a obtenu un rendement supérieur de 11 % à celui d’une monoculture de graminées, sur laquelle plus du double d’engrais azoté avait été épandu, et de 18 % à celui d’un simple mélange graminées-trèfles recevant la même quantité d’engrais.
La chaleur accentue l’avantage des mélanges multi-espèces en termes de rendement
Autre bonne nouvelle: selon cette étude, les températures plus élevées renforcent les avantages des mélanges. Le gain de rendement des mélanges comprenant des légumineuses et des dicotylédones non légumineuses s’est accru à mesure que la température augmentait le long du gradient climatique des sites, mettant en évidence le potentiel des mélanges pour l’adaptation au changement climatique. Les mélanges multi-espèces n’ont pas été avantageux uniquement en Suisse. Il ressort clairement de cette étude que cette tradition helvétique améliore également l’efficience des ressources dans d’autres régions du monde et favorise l’adaptation de l’agriculture au changement climatique.

Conclusion
- Dans le cadre d’un réseau mondial, des mélanges de plantes fourragères composés de deux graminées, de deux légumineuses et de deux dicotylédones non légumineuses ont été testés afin de développer des systèmes de culture fourragère plus durables.
- Les mélanges composés de six espèces, dont des espèces de légumineuses, se sont révélés plus productifs que les mélanges composés uniquement de graminées ou d’un mélange de deux espèces (graminée et trèfle), encore courants dans d’autres pays.
- L’avantage des mélanges multi-espèces s’est renforcé en passant des sites les plus froids aux sites les plus chauds de l’étude. Autrement dit, face au changement climatique, de tels mélanges peuvent contribuer à garantir les rendements en production fourragère.
Référence bibliographique
Multispecies grasslands produce more yield from lower nitrogen inputs across a climatic gradient.



